Les carnets de Carine et Laurent

La Der des Der (Chronique #38) : Chine impériale et Sichuan tibétain

Sichuan tibetain - Litang - Les yeux de Bouddha

Sichuan tibetain – Litang – Les yeux de Bouddha

Pour notre dernier tour en Chine avant le départ à Kobe, un voyage 2 en 1 plein de péripéties qui illustre bien l’infinie diversité du pays. Carnet de route.

La première partie, c’est la Chine impériale, les vieilles pierres et l’histoire, de Pékin à Xi’an. C’est aussi un voyage à six pendant les vacances chinoises, dans les lieux les plus touristiques de Chine, où Carine et Laurent jouent à l’agence de voyage et comprennent pourquoi les voyagistes français facturent la Chine aussi cher… Que de temps et d’énergie dépensés pour résoudre les multiples couacs et malentendus avec l’agence de voyage… Heureusement, pas de quoi gâcher le voyage!

Pour nous, la boucle est bouclée, car nous repartons sur les traces de nos premiers voyages chinois.

Le Petit Potala (Chengde)

Le Petit Potala (Chengde)

Près de Pékin, Chengde, la résidence d’été des empereurs. Il y fait plus frais que dans la capitale super polluée, d’ailleurs, en décembre 2004, il y faisait -15° quand le thermomètre n’affichait «que» -5° à Pékin… Evidemment, en ces journées d’automne encore chaudes, la ville montre un tout autre visage et on apprécie la promenade dans les hauteurs du palais d’été, avec ses vues imprenables sur les temples-ambassades, dont le remarquable «Petit Potala».

A Pékin, qui change de visage au fur et à mesure qu’approche l’échéance de 2008, quelques-uns de nos lieux demeurent, comme Li Qun, théâtre d’un glacial réveillon de Noël il y a 3 ans – le canard laqué y est toujours un régal… Pékin est une ville traditionelle, on se promène en famille dans l’immense parc de son palais d’été le dimanche… Oh! Ce n’est pas dimanche, c’est lundi, mais on est le 1er octobre, c’est la fête nationale! La foule s’entasse (d’après le panneau à l’entrée du parc, 36.000 visiteurs sont attendus contre seulement 15.000 décomptés le jour précédent…), et c’est l’enfer mais on n’a pas encore vu le pire…

Pingyao

Pingyao

La suite, c’est Pingyao, cette vieille ville entourée de remparts situeé au sud-ouest de Pékin sur un plateau à 800m d’altitude. On se souvient d’y avoir accueillie l’année 2005 par -19°, en compagnie de deux touristes néo-zélandaises profs d’anglais en Corée du Sud… En octobre, il y fait aussi froid et humide mais sous des températures plus clémentes, la vie y est moins figée. En dépit de l’afflux de touristes, surtout en cette période de vacances chinoises, on peut y observer plein de vieux métiers traditionnels. On est bien loin de la modernité shanghaienne… Notre petite auberge d’alors, Tian Yuan Kui (www.pytyk.com) est toujours là, toujours aussi accueillante, et la cuisine y est toujours délicieuse (on recommande!). Ceci dit, Yide Hotel, où nous avons dormi cette fois, est encore plus joli…

Après Pingyao, nous reprenons le train, en couchettes molles cette fois, pour Xi’an. Evidemment, on ne peut pas prendre le train à Pingyao même, car ce n’est pas une tête de ligne, et il est donc impossible d’y acheter des places en couchettes molles. On se rend donc à Taiyuan, à quelques heures de route, ce qui nous permet de visiter sur la route une ancienne résidence bourgeoise, celle de la famille Qiao, et le superbe temple Jinci (malgré l’énorme chantier qui s’étend en lieu et place du magnifique parc que l’on traversait auparavant pour accéder au temple). Autant dans un espace ouvert comme le temple, qui s’étend dans un magnifique parc, la foule s’étale et se disperse, autant la résidence Qiao, avec ses cours étroites, se transforme vite en cauchemar… L’ expérience ethnologique de la Chine en vacances (nous sommes les seuls laowai) est au moins aussi intéressante que la résidence elle-même, qui manque un peu d’explication. Le seul panneau en anglais nous raconte l’histoire de l’enrichissement de la famille Qiao, et sa morale politiquement correcte : une famille ne peut pas rester riche pendant plus de trois générations…

Foule dans la résidence Qiao

Foule dans la résidence Qiao

Pour finir en beauté ce tour de la Chine impériale, Xi’an. C’est la première fois que nous y retournons depuis notre voyage de noces en 2002. Bien sûr, l’attraction principale de Xi’an, l’armée enterrée, est toujours là, sans trop de changements ni de surprise, hormis l’excellente organisation du site, qui permet d’éviter la foule même en cette période de vacances. La ville, en revanche, a bien changé. On se souvenait d’une ville encore très traditionnelle enfermée dans ses remparts, on retrouve une cite moderne avec toute la panoplie de Starbucks et autres chaînes occidentales, signes qui ne trompent pas d’un niveau de développement économique avancé…

Après Xi’an, les vacances continuent pour nous, tandis que le reste de la famille s’en retourne en France…

Après la Chine historique, les marches de l’empire.

La deuxième partie de notre périple, c’est l’exact contraire : de Zhongdian (au nord du Yunnan) à Chengdu (capitale du Sichuan), dix jours de voyage dans les régions parmi les plus reculées et les plus isolées de Chine, le plus souvent à plus de 4000m. De vallées profondes aux rivières bouillonnantes en plaines d’altitude aux torrents clairs, un millier de kilomètres et des dénivelés vertigineux sur des routes défoncées… Et des paysages fantastiques à chaque boucle de la route. Sur ces hauts plateaux pré-himalayens, l’effort de sinisation n’est guère passé, et dans les visages, les habits, les coutumes, l’architecture, rien, hormis le fait que la plupart ont appris le mandarin, ne vient rappeler la Chine des Hans. Nous sommes en pays tibétain.

Lamasserie sur la route Xiangcheng-Daosheng

Lamasserie sur la route Xiangcheng-Daosheng

Pour entrer au Tibet proprement dit , les étrangers (même résidents) ont encore besoin de permis spéciaux et d’ailleurs l’accès par la route en venant des provinces chinoises limitrophes – Yunnan, Sichuan, Qinghai – est fermé (aux étrangers). En revanche, à quelques centaines de kilomètres du Tibet, le dépaysement est total, mais l’accès facile, ou du moins libre (la pénurie de transports publics et les hautes altitudes ne rendent pas l’accès « facile »). Cette immense région de culture tibétaine, nous l’avions déjà effleurée dans le nord du Yunnan, à Zhongdian et Deqin, puis bien plus au nord, à Xiahe dans le Gansu, avec son fabuleux monastère de Labrang. Nous étions là aux limites de la zone d’influence, encore proches des villes chinoises. Cette fois, ce fut l’immersion totale…

L’aventure commence donc à Zhongdian qui, depuis notre dernier passage, s’est dotée d’une vieille ville tibétaine! Plus précisement, ce qui était il y a trois ans un bidonville délabré est devenu un agréable quartier piétonnier avec maisons tibétaines traditionelles joliment rénovées, guesthouses et boutiques de souvenirs. Pour tout dire, l’ensemble est plutot bien réalisé et fait plaisir à voir, même si on devine que Zhongdian est une future Lijiang, destinée à l’invasion du tourisme de masse. Pour le moment, le quartier garde sa tranquilité, et le reste de la ville bénéficie aussi de la transformation : elle nous avait laissé une impression de ville farwest poussiéreuse, elle apparaît aujourd’hui coquette et pimpante – une chose plutôt rare en Chine.

Quitter Zhongdian en direction du Sichuan n’est pas chose aisée, surtout en cette saison. A vrai dire, ça commence mal, car le bus qui devait nous amener à notre première étape, Xiangcheng, de l’autre côté de la frontière sichuanaise, ne circule apparement plus. Il faut dire qu’en Chine, comme nous l’avons constaté au cours de précédents voyages, les liaisons inter-provinces sont toujours plus malaisées. Bref, il faut trouver une autre solution, mais ça ne tombe pas plus mal, car il nous faut également rester à Zhongdian un peu plus longtemps que prévu pour s’acclimater à l’altitude. Nous sommes déjà à 3200m, et comme en plongée, il ne faut pas négliger ses paliers avant de poursuivre la montée – le mal des montagnes n’est pas chose à prendre à la légère.

La solution se présente à nous sous la forme idéale d’une jeep privée avec chauffeur pour nous emmener, en cinq jours, jusqu’à Tagong, à une journée et demie de route de Chengdu. Bien entendu, dans ces conditions, on explose le budget du voyage, mais c’est un luxe qui le vaut bien : non seulement on peut faire le parcours prévu, avec un minimum d’aléas (la suite nous confirmera que tout faire en bus comme à notre habitude – quand il y en avait – aurait été une vraie galère) et d’en profiter au maximum, en s’arrêtant à la demande pour faire des photos, visiter des lamasseries isolées, ou, élément d’une importance toujours capitale en Chine, trouver des toilettes acceptables (la plupart du temps, le mieux, c’est derrière un buisson avec une vue imprenable sur les montagnes…).

Le premier jour, c’est soft : altitudes raisonnables, le plus souvent en dessous de 3000m, avec le passage obligé par la vallée de l’incontournable Fleuve aux Sables d’Or – tel est le nom du Yangzi en son cours supérieur (au passage, nous, on l’appelle Yangzi, mais son vrai nom c’est le Chang Jiang – le long fleuve). Comme à son habitude, le fleuve est d’une belle couleur ocre – d’où son nom à cet endroit. C’est la journée la plus longue – 8 heures pour parcourir environ 300km… L’après-midi, on monte graduellement, avec un premier col à 3300m, puis à 3800m, et enfin 4300… Malgré les difficultés des premiers jours, on se sent bien à plus de 4000m. Sur la route, on peut visiter quelques lamasseries isolées, avec les commentaires éclairés de notre chauffeur tibétain, qui nous raconte son voyage à Daramsalam pour rencontrer le Dalai Lama (le vrai ! qui est en photo dans tous les temples de la région). C’est fort compliqué car, ne pouvant pas obtenir un visa pour aller en Inde, les Tibétains doivent se rendre à Lhassa, puis de là au Nepal, d’où ils passent en Inde avec un autre passeport ( sic !). Nous, on voyait déjà le voyage incroyable qui dure des mois, mais notre chauffeur nous dit « Non, non, Lhassa c’est très rapide en avion… »… Les mythes ont la vie dure !

A Xiangcheng, on est quasiment à la même altitude que Zhongdian (3100m), et de là, on ne fera plus que monter, monter, monter… Pour atteindre Daosheng, notre étape du 2e jour, il faut passer un col à 4900m. On a vraiment l’impression d’être sur le toit du monde, avec le temps clair, et les montagnes qui s’étendent à perte de vue. Nous sommes sur des hauts plateaux râpés par les vents et la neige – les contreforts de l’Himalaya mais pas les pics dentelés de neige auxquels on pourrait s’attendre… Les sommets n’y sont pas assez hauts : il n’y a pas de neiges éternelles en dessous de 6000m, même si les montagnes sont marquées par les traces d’anciens glaciers.

Col entre Xiangcheng et Daosheng - 6000m

Col entre Xiangcheng et Daosheng – 6000m d’altitude

Daosheng est un village perdu au fond d’une vallée d’altitude à 4000m, parsemée de maisons aux allures de châteaux forts, de troupeaux de yaks et de lamasseries rouges et blanches qui tranchent sur le ciel bleu. De là, on rejoint en quelques heures, à travers un plateau à 4800m aux paysages d’une étrangeté lunaire, Litang, une des dernières étapes sichuanaises sur la Southern Sichuan-Tibet Highway. Sur cette route au milieu de nulle part, à 4700m, on rencontre quand même des balayeurs en train d’épousseter la route dans leurs gilets orange fluo… C’est la Chine !

Litang, par contre, est à mille lieues de la Chine des Han. C’est peut-être la plus tibétaine des villes de notre parcours. De là, on commence à redescendre vers Chengdu, notre destination finale. Du premier col après Litang, à 4600m, avec une incroyable vue à 360°, la route plonge litteralement à moins de 3000m, un véritable escalier, en travaux tout le long. Là, on commence à retrouver la circulation des bus et des camions… Les villages sont toujours très typiques, et les conditions de vie (et d’hébergement !) sommaires, mais on sent qu’on se rapproche peu à peu des villes chinoises.

Tagong

Tagong

Tagong, l’étape ultime de cette partie du voyage, est encote tibétaine, mais on y rencontre des touristes chinois – nous ne sommes plus qu’à une journée et demie de route de Chengdu. Cette fois, ayant trouvé une guesthouse sympa à côté du temple, avec une fenêtre donnant sur la place principale, d’où on peut observer les pèlerins qui font le tour du mur d’enceinte en faisant tourner les moulins à prière, on décide de se poser pour quelques nuits. Tagong offre de nombreuses possibilités de randonnées dans les vallées avoisinantes – un vrai régal !

Ceci étant, il commence à faire frisquet à ces altitudes (on est toujours à 3900m), et lassés de se peler dans les chambres sans chauffage, nous décidons qu’il est temps de descendre sérieusement. Le choix évident, c’est Danba (2000m), un village tibétain à quelques heures de route au nord de Tagong. De là, nous sommes supposés pouvoir rejoindre Chengdu en une journée, ce qui convient bien à notre planning.

Danba (et surtout les villages voisins) vaut bien un détour car, même si nous sommes encore en pays tibétain, l’architecture y est complètement différente de ce que nous avons vu précédemment. Dommage qu’on soit obligé d’écourter notre séjour pour rejoindre Kangding, faute de place dans le bus de Chengdu du lendemain… C’est pas tout ça, mais même si nous sommes encore en vacances pour deux semaines, il faut quand même rentrer à Shanghai pour préparer le déménagement… C’est la fin de nos aventures chinoises pour le moment, mais on ne dit pas adieu à la Chine, on a encore tellement de voyages à y faire !

Villages autour de Danba

Villages autour de Danba

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